Votre ancien locataire a quitté le logement, mais vous n’avez toujours pas récupéré les clés. Ou bien vous êtes locataire sortant et vous ne savez pas comment formaliser cette restitution. La remise des clés au bailleur ne se résume pas à un geste anodin : elle marque la fin juridique du bail et déclenche des délais précis, notamment pour le dépôt de garantie. Mal gérée, elle peut coûter cher aux deux parties.
Indemnité d’occupation après le départ : ce que le locataire risque vraiment
Beaucoup d’articles expliquent quand rendre les clés. Peu détaillent ce qui se passe financièrement quand la restitution traîne.
Tant que les clés n’ont pas été remises au propriétaire ou à son mandataire, le locataire reste redevable d’une somme pour l’occupation du logement. Après la fin officielle du bail, cette somme change de nature : le loyer se transforme en indemnité d’occupation. La différence n’est pas seulement sémantique. L’indemnité d’occupation peut être fixée à un montant supérieur au loyer contractuel, et elle n’ouvre plus droit au maintien dans les lieux.
Concrètement, un locataire qui conserve les clés après expiration du préavis s’expose à payer cette indemnité jusqu’au jour où il restitue effectivement les clés. Le congé donné par le locataire reste valable, mais la fin matérielle de l’occupation, elle, dépend de la remise des clés.
C’est un point à mentionner clairement dans tout courrier adressé à l’ancien occupant. L’informer de cette bascule loyer/indemnité suffit parfois à accélérer la restitution.

Restitution des clés : les seules modalités qui protègent le locataire et le bailleur
Déposer un trousseau dans la boîte aux lettres du propriétaire ou le confier au gardien de l’immeuble ne constitue pas une restitution valable. L’article 22 de la loi du 6 juillet 1989 encadre précisément les formes acceptées.
À qui remettre les clés
Le locataire doit remettre les clés au bailleur en personne ou à son mandataire dûment habilité (l’agence immobilière disposant d’un mandat de gestion, par exemple). Le gardien ou l’avocat du propriétaire ne sont pas habilités aux recevoir sans mandat spécifique.
Comment prouver la remise
Deux options sécurisent les deux parties :
- La remise en main propre, accompagnée d’un récépissé daté et signé par les deux parties, idéalement le jour de l’état des lieux de sortie.
- L’envoi par lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) à l’adresse du bailleur ou de l’agence mandataire.
- Dans tous les cas, c’est au locataire de prouver qu’il a bien restitué les clés. Sans preuve, le bailleur peut considérer que le logement est encore occupé.
Si vous êtes bailleur et que vous informez l’ancien occupant des modalités de restitution, précisez la personne habilitée à réceptionner les clés, son adresse et l’exigence d’un récépissé daté. Un courrier clair sur ces trois points évite la majorité des litiges.
Remise anticipée des clés et loyers du préavis : un piège fréquent
Le locataire vous rend les clés deux semaines avant la fin de son préavis. Vous acceptez, vous réalisez l’état des lieux de sortie. Le locataire en déduit qu’il ne doit plus de loyer à partir de ce jour. C’est une erreur courante, et la jurisprudence est constante sur ce point.
Accepter les clés ne vaut pas renonciation aux loyers restant dus pendant le préavis. La Cour de cassation a confirmé que l’acceptation des clés et la réalisation de l’état des lieux de sortie ne suffisent pas à prouver une renonciation non équivoque du bailleur au paiement des loyers du préavis.
Pour que le bailleur renonce à ces loyers, il faut un acte clair et explicite : un courrier, un avenant au bail ou une mention expresse dans le procès-verbal de remise des clés. Sans cette manifestation non équivoque, le locataire reste redevable jusqu’au dernier jour du préavis.
Vous informez un ancien occupant de la restitution des clés ? Mentionnez cette règle. Si vous acceptez une remise anticipée sans vouloir renoncer aux loyers restants, consignez-le par écrit le jour même.

Modèle de courrier pour informer l’ancien locataire de la restitution des clés
Aucune forme légale n’est imposée pour ce courrier, mais certains éléments doivent y figurer pour qu’il soit utile en cas de litige. Voici les mentions à intégrer :
- L’identité du bailleur et l’adresse du logement concerné.
- Le rappel de la date de fin du bail ou du préavis, et l’obligation de restituer toutes les clés (y compris les doubles et badges d’accès).
- Le nom et l’adresse de la personne habilitée à recevoir les clés, avec la mention du mandat si c’est un mandataire.
- La demande d’un récépissé de remise ou l’envoi par LRAR.
- L’information sur les conséquences d’un retard : passage du loyer à une indemnité d’occupation et report du délai de restitution du dépôt de garantie.
Envoyez ce courrier en recommandé avec accusé de réception. La date de réception fait courir un délai utile en cas de contentieux.
Un détail souvent négligé : les doubles de clés
Le locataire sortant doit restituer l’ensemble des clés, y compris les doubles qu’il a fait réaliser à ses frais pendant la location. La loi ne prévoit pas d’indemnisation pour ces copies. Précisez-le dans votre courrier pour éviter toute ambiguïté.
Dépôt de garantie et état des lieux de sortie : le calendrier déclenché par la remise des clés
La restitution des clés ne met pas seulement fin à l’obligation de payer un loyer ou une indemnité d’occupation. Elle déclenche aussi le délai légal de restitution du dépôt de garantie par le bailleur.
Si l’état des lieux de sortie est conforme à l’état des lieux d’entrée, le bailleur dispose d’un mois pour restituer le dépôt de garantie. En cas de différences constatées, ce délai passe à deux mois. Le point de départ est la date de remise effective des clés, pas la date de l’état des lieux si celui-ci a lieu à un autre moment.
C’est pourquoi il est recommandé de réaliser l’état des lieux de sortie et la remise des clés le même jour. Cela simplifie le décompte des délais et limite les risques de contestation.
Un bailleur qui tarde à restituer le dépôt de garantie au-delà du délai légal s’expose à une majoration. Informer l’ancien locataire de ce calendrier dans le courrier de restitution clarifie les attentes des deux côtés et réduit les litiges après départ.

